Blog - Pierre-Yves Gibello

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi, juin 6 2015

Et si on se débarrassait du travail, plutôt que du chômage ?

Vous êtes-vous déjà demandé combien de temps vous travaillez ?

En moyenne, un français qui bosse travaille moins de 1500 heures par an (OCDE : 1489 h en 2013). Soit 186 journées de 8h. Combien de temps dure une carrière "moyenne" ? Osons une approximation raisonnable : une durée légale de 42 ans, avec un taux de chômage de 10%, çà fait 38 ans.

38 ans x 186 jours, çà fait 7.000 jours travaillés par vie. Et une vie, c'est en moyenne 30.000 jours (82,1 ans d'espérance de vie).

On travaille donc 23% de notre temps. Moins d'un quart. Si on prend les chiffres autrement : on bosse 32,1 ans à temps plein (7.000 jours / 218 jours) sur 82,1 de vie, soit 50 ans sans travail.

Voilà : même si vous avez l'impression de travailler dur, le fait est que vous n'en fichez pas lourd.

Peut-on se débarrasser du reste ? Actuellement, il y a deux tendances de fond :

- L'automatisation (le numérique, l'internet des choses, les robots, etc...). Si vous êtes péagier, caissier, employé de banque, ouvrier, agent de voyages, journaliste..., vous avez déjà du souci à vous faire. Et même si vous êtes chauffeur routier ou taxi, votre véhicule sera un jour automatique. Et ne vous croyez pas à l'abri si vous êtes avocat ou médecin : un pourcentage certain de vos tâches est à la portée d'un algorithme. Bref, les capitalistes produisent du chômage.

- L'économie du partage : quand je m'héberge avec AirBnB ou Couchsurfing, des chaînes d'hôtel font faillite. Quand je covoiture, ce sont les taxis, les compagnies de train, les constructeurs automobiles, et les usines ferment en cascade (sous-traitants, etc...). Quand j'échange des biens d'occasion sur LeBonCoin, la production de biens neufs baisse. Quand je consomme local, je m'attaque au transport et stockage de fret. Bref, l'économie du partage fabrique des chômeurs aussi sûrement que les capitalistes.

Evidemment, çà ne fera pas disparaître la totalité du travail restant. Mais un bon tiers, çà doit être jouable (et certainement plus si on essaie de faire disparaître les jobs inutiles... plutôt que d'en créer à la pelle pour résorber le chômage !)

Prenons un tiers : il nous resterait 20 ans temps plein à bosser par vie, ou 15% de notre temps de vie (en jours). Ca commence à être pas mal.

Et on est payé comment, me direz-vous ? Eh bien, en décorrélant les revenus de l'emploi. Au lieu de payer les gens en contrepartie de travail, on les paie tout court. (Si çà vous semble débile, rappelez-vous que vous ne fichez rien 50 ans de votre vie : dit autrement, pendant 50 ans, vous êtes donc payé à ne rien foutre !)
A noter qu'il serait possible d'instaurer un service civique pour se partager certains tâches nécessaires, çà n'empêche pas !

Les pistes de financement ont depuis longtemps été explorées par les tenants du revenu d'existence (ou ceux du salaire à vie), et sont généralement regroupées en 3 catégories :
- Le transfert (actuellement, en France, on dépense 650 milliards en prestations sociales - inclus la sécu, la retraite, les allocations familiales, le chômage, etc..., soit presque 10.000 EUR par an et par habitant de 0 à 100 ans !)
- La redistribution (qui n'est pas simplement "prendre aux riches pour donner aux pauvres", mais plutôt remettre à plat la fiscalité en vue de financer une société différente).
- La création monétaire (qui pourrait être partagée entre les citoyens plutôt que distribuée de manière discrétionnaire, au moins en partie).

Le tout en n'oubliant pas que le PIB continue historiquement d'augmenter, à mesure que l'on travaille moins (regardez l'évolution du PIB et celle du temps de travail sur un siècle... sans commentaire !).

Bref, depuis la révolution industrielle, c'est travailler moins pour gagner plus. Et il n'y a pas de raison que çà s'arrête : il serait donc grand temps que nos politiques réfléchissent au partage du temps, lequel induirait nécessairement celui des richesses...

lundi, janvier 19 2015

Bal tragique à Charlie : 17 morts

Vous espérez peut-être, sous ce titre, une analyse de plus de récents événements tragiques, digne comme il se doit du Café du Commerce (comme la plupart de celles parues dans les divers média, blogs, tweets, etc... ces derniers jours) ?

Que nenni. Je vais plutôt vous la faire façon interro écrite, genre concours d'entrée à l'Ecole de la Magistrature (option Liberté d'expression). Quoique je doute qu'une telle épreuve existe, mais je m'en tape.

Voici donc un sujet sur lequel plancher...

Dans un tweet enflammé s'inscrivant dans le débat qui suit l'attaque terroriste de Charlie, un internaute poste ceci :

"Qu'un sang impur abreuve nos sillons".

A) Cet internaute est musulman : peut-il être poursuivi pour apologie du terrorisme ? pour incitation à la haine raciale ?

B) Cet internaute est juif : peut-il être poursuivi pour antisémitisme ?

C) Cet internaute est français : peut-il être poursuivi pour outrage à l'hymne national ?

D) L'internaute est poursuivi, et l'avocat de la défense le présente comme "un patriote ayant simplement cité un vers de la Marseillaise". Quel(s) argument(s) lui opposeriez-vous si vous représentiez le Parquet ?

E) Pensez-vous que les limites légales à la liberté d'expression doivent s'appliquer de la même manière à tous, ou la justice doit-elle les interpréter en fonction de l'appartenance ethnique, religieuse ou politique du sujet, de sa catégorie sociale, de son niveau d'éducation ?

F) La justice doit-elle moduler sa réponse en fonction de l'actualité récente, ou au contraire faire preuve de stabilité dans le temps ?

Et voilà... Je vous souhaite bonne chance. Et surtout, de vous poser plein de question sur l'opportunité (et la vanité...) de poser des limites légales à la liberté d'expression ! Quant à l'esprit ou la lettre de notre Hymne National, ce n'est guère lui faire outrage que de les questionner... Et je n'épiloguerai pas sur la contradiction criante entre nos lois liberticides et notre discours bien-pensant en faveur d'une illusoire "liberté d'expression" : d'autres l'ont déjà fait, certains avec talent !

vendredi, février 22 2013

Notes de lecture : Surveiller et punir (Michel Foucault)

Un classique (que vous avez peut-être lu) déjà abondamment commenté, mais peu importe : il est plus que jamais d'actualité !

Foucault inscrit la naissance de la prison dans l'émergence d'une société disciplinaire, et décrit un continuum "carcéral" qui intègre l'école, l'hôpital, l'industrie, l'armée, et les diverses formes de la prison (celle-ci n'en étant que l'ultime degré).

L'ouvrage en place la naissance au 18ème siècle, et fournit de nombreuses références historiques pour l'attester. Cette époque est présentée comme charnière dans le changement des modes de pouvoir :
- Avant, un pouvoir absolu, face auquel tout illégalisme était offense personnelle au souverain. Le supplice, ultime réponse pénale, théâtralisait la vengeance du souverain sur son "ennemi", si besoin en le détruisant par la force.
- Après, un pouvoir disciplinaire, issu de l'évolution économique et démographique (notamment, forte augmentation de la population, nécessitant de nouvelles techniques pour tirer le maximum de chacun et de la collectivité, dans le contecte nouveau de l'industrialisation).

Le pouvoir disciplinaire est à double sens : il assujettit, mais crée également du savoir, en observant ceux à qui il s'applique d'une manière de plus en plus scientifique (Foucault va jusqu'à y voir l'une des principales origines des sciences humaines, et joue sur le mot "discipline" - comme dans discipline médicale, liée à l'introduction de la discipline à l'hôpital dont s'ensuit un savoir de plus en plus structuré en "disciplines").

Fondé sur la "normalité" et la mesure d'un écart par rapport à la norme, le pouvoir disciplinaire s'appuie à la fois sur la Loi (de plus en plus codifiée, et non plus coutumière comme dans l'ancien régime), sur nombre de réglements détaillés qui régissent chaque institution, et sur de multiples examens (scolaires, médicaux, psychiatriques, etc...) permettant à la fois de mesurer chacun par rapport à la norme, et d'individualiser l' "usage" qui en est fait en fonction de ses capacités propres.

Le pouvoir disciplinaire est également fondé sur la surveillance de tous par tous, que Foucault nomme "panoptisme", par référence notamment à Jeremy Bentham (lequel inspira l'architecture de nombreux bâtiments axés sur la surveillance, dite "panoptique", mais dont les travaux prennent un sens plus général dans le contexte d'une société de surveillance).

Foucault met aussi en lumière l'émergence du pouvoir de punir et d'assujettir (celui défini par les règlements des prisons et les décisions hors juridiction, voire arbitraires, qui jalonnent la peine). Ce pouvoir est distinct du pouvoir judiciaire, et chaque institution (école, hôpital, armée, industrie...) en décline sa propre version.

Ce pouvoir extra-judiciaire est indissociable de la discipline : il permet, notamment, d'individualiser le traitement réservé à chacun (par exemple, de libérer un détenu pour bonne conduite, ou d'alléger ses conditions de détention).
Cette individualisation est au coeur du côté "correcteur" de la prison (qui persiste dans les idées modernes de réinsertion des condamnés) : la discipline sert non seulement à contrôler les écarts à la norme, mais aussi à les réduire en "normalisant" les individus (on retrouvera aisément le même arsenal de techniques dans les autres institutions de masse : armée, industrie, hôpital, école...).

En même temps, Foucault constate l'échec relatif de la prison, qui n'est jamais parvenue à farie baisser la criminalité. Dans ce cadre, pourquoi la prison a-t-elle tenu si longtemps, et s'est-elle même imposée comme mode principal de la punition ?

Foucault attribue à cet "échec" une utilité sociale qui le justifierait : la prison serait un mode de contrôle de la délinquance, un lieu où elle se définit et qui devient sa propre limite (le monde de la délinquance étant plus ou moins recouvert par la prison). Cette délinquance, état permanent distinct de l'acte illégal isolé, aurait son propre rôle dans l'ordre social : notamment, l'information (indicateurs, mouchards...), voire une forme de police parallèle, ainsi qu'un ensemble diffus pouvant être utilisé dans le cadre d'illégalismes tolérés (ceux des puissants ou de l'Etat, notamment).
La délinquance ainsi instituée servirait aussi de repoussoir aux "non-délinquants" (lesquels se définissent comme n'appartenant pas à cet autre "monde").

Au final, par le prisme d'un ouvrage dédié à la prison, Foucault étudie en fait l'émergence d'une société disciplinaire : la discipline apparaissant comme une technologie politique adaptée aux formes du pouvoir moderne... tendant même à être si bien assimilée par les individus qu'ils peuvent l'internaliser comme une "morale", devenant alors dociles par eux-mêmes.

vendredi, septembre 14 2012

Les forçats de l'inutile

Il y a 3 jours, une news sidérante a traversé la sphère économique : le nouvel iPhone 5 pourrait contribuer "à un demi point de croissance trimestrielle aux US" (sic).

Et pas plus tard qu'hier, nous apprenions que la moitié des médicaments vendus en France ne servent à rien (d'après un ouvrage très documenté signé par d'éminents professeurs de médecine, qui ne font que dire tout haut ce qu'on savait déjà, mais avec compétence).

Et donc, aurais-je abusé desdits médicaments, ce qui m'aurait conduit à marier dans un même billet la carpe et le lapin ? Que nenni.

Car il y a un lien : un smartphone, çà ne sert à rien non plus, du moins n'est-ce guère plus utile que les spécialités pharmaceutiques ici incriminées... lesquelles contribuent également à la glorieuse croissance et au saint Emploi.

Autrement dit, nous avons un léger problème de modèle économique : que l'on s'arrête un instant de consommer abondamment des trucs inutiles, et on sera tous au chômage (ou presque). Qu'un allumé décrète seulement le "mois de l'utile", où les consommateurs évalueraient l'utilité réelle de tout achat envisagé avant de passer à l'acte, et on y laisserait déjà un point de croissance, pour peu que le mouvement soit suivi !

Au passage, le salaire médian dans notre belle France ne permettant de s'offrir ni le téléphone ni les médicaments cités plus haut, c'est un mix de crédit (qui endette les particuliers) et de subventions (qui endettent l'Etat) qui rend la chose possible, du moins pour la masse des acheteurs qui fait la rentabilité du modèle.

On fabrique donc de la monnaie inutile pour acheter des choses qui ne servent à rien. Dont acte.
Et pourquoi, d'ailleurs, ne fabrique-t-on pas assez de monnaie pour consommer tranquille ? Eh bien, c'est simple : si vous n'aviez pas le couteau sous la gorge à la fin du mois, l'idée pourrait vous prendre de contester, voire même d'économiser au lieu d'acheter (alors que là, le moindre liard qu'on vous lâche est aussitôt consommé, et vous devenez au passage locataire de votre banque). Ca serait dommage, convenons-en, de mettre un si beau système en péril juste pour vous éviter quelques angoisses.

Ceci dit, loin de moi l'idée qu'on touche à quoi que ce soit : on se tient tellement tous par la barbichette que j'espère ardemment que vous n'avez rien compris à ce que je viens de raconter (des fois que vous en tireriez des conclusions fâcheuses, genre "tiens, c'est vrai, je pourrais consommer moins" ! Je tiens à mon job, moi !!)

D'ailleurs, en bon citoyen, je m'en vais solliciter un crédit conso pour m'acheter un iPhone 5 : si j'ai du mal à rembourser, pas grave, on me prescrira un antidépresseur !

P.S. Je ne suis pas un rabat-joie qui nie la notion de plaisir : offrez-vous ce qui vous plaît vraiment, quand bien même çà ne servirait vraiment à rien (mais ne me dites pas que ce qui vous plaît, c'est le prochain smartphone ou le dernier écran plat : çà vous plaît comme à tout le monde, parce qu'on vous l'a enfoncé dans le crâne, nom de D... !)

mercredi, mai 16 2012

Comment gmail te fiche... même sans compte !

Comme les exemples concrets valent tous les discours, imaginons un petit cas d'école :

Suite à votre installation dans une nouvelle maison, vous invitez votre ami Gérard Lambert à un barbecue. Comme c'est un fidèle utilisateur de gmail, vous envoyez ce genre de message à gerard.lambert@gmail.com :

"Salut Gérard,

Comme tu ne connais pas encore notre nouvelle maison, on t'invite à un barbecue, samedi midi.

L'adresse : ...

Evidemment, tu peux venir avec ton fils, ainsi que ta compagne et sa fille, ce sera avec plaisir.

etc..."

Et là, vous avez un problème. Que sait google ?

  • Il a votre email
  • Il sait que vous êtes l'ami de Gérard Lambert
  • Il sait que vous avez une maison et que vous organisez des barbecues
  • Il a votre adresse, et avec Google Earth, la photo de votre parcelle
  • Il sait que Gérard a une famille recomposée (un fils + une compagne avec une fille).

Sans doute sait-il même plein d'autres choses, en croisant les infos ci-dessus avec ce qu'il y a déjà dans la boîte mail de Gérard et dans celles de ses contacts disposant de comptes gmail (sans compter le réseau social google+, voire même le suivi de liens externes sur internet afin de cibler qui sont les protagonistes... Disons qu'il ne doit pas lui être très difficile de cibler votre catégorie socio-professionnelle, entre autres !)

Au passage, google sait aussi quel jour et à quelle heure Gérard et vous-même vous trouverez dans le jardin (et tient ces informations à disposition des services américains, au cas où, et au nom du "patriot act" ou de ne je ne sais quelle Busherie du même genre - les dits services pouvant croiser tout çà avec l'historique de vos voyages aériens, entre autres, mais là, je m'éloigne du sujet).

Et tout çà... sans même que vous n'ayez de compte gmail, puisque vous êtes attentif à l'aspect privé de vos données personnelles (enfin, vous croyez l'être...)

Eh bien, je parie qu'il y a quelques irakiens qui se sont pris un missile sur la tête pour moins que çà : des fois que la NSA trouverait mes propos trop subversifs, je crois bien que je vais changer à la dernière minute l'heure de mon prochain barbecue !

Moralité : si ce message ne suffit pas à vous convaincre de transférer votre gmail chez un hébergeur perdu du Cantal, tâchez au moins de le bourrer d'informations stupides, contradictoires, fausses, lourdes et inutiles, çà sera toujours mieux que rien...

jeudi, mars 8 2012

La bourse est un casino... si on ne triche pas !

Les économistes aiment bien l'information "pure et parfaite" et les agents "raisonnables" : dans un monde économique parfait, chacun recueille au même instant l'ensemble des informations pertinentes, et prend une décision adéquate (ou du moins raisonnable et proportionnée).

Appliquons ce modèle à la bourse :

Dans un tel monde, toute information concernant un titre serait immédiatement répercutée sur son cours à juste proportion : si elle justifiait que ce cours augmente d'1 EUR, la courbe formerait une sorte d'escalier vertical de hauteur 1.

Avant que l'information ne soit disponible, la décision d'acheter ou vendre l'action ne serait motivée par rien (en tout cas, pas par l'anticipation de cette information, que rien ne permettrait d'imaginer : à défaut, cette anticipation serait elle-même une information, et serait déjà dans les cours).

Ensuite, cette information n'aurait plus d'impact sur le cours, qui aurait déjà évolué pour l'intégrer.

Quant à l'instant exact où l'information tombe... il est peu ou prou d'épaisseur nulle !

Autrement dit, la bourse dans un monde d'agents raisonnables parfaitement informés s'apparente à un jeu de casino dans le noir : un agent qui joue au hasard y a les même chances que n'importe quel autre (si on joue avant l'information, c'est de la chance; et si on joue après, c'est trop tard !)

Il n'est donc économiquement raisonnable d'agir en bourse que dans un monde où l'information est "asymétrique" (différente selon les acteurs, et retardée pour certains) : le cas le plus favorable étant celui où l'on peut tricher (par exemple, en exploitant une information de première main avant qu'elle ne soit publiée - le "délit d'initié", ou en publiant soi-même des informations - réelles ou fantaisistes - dont on a déjà anticipé les effets sur le cours).

Evidemment, il existe quelques "martingales" n'allant pas jusqu'à la tricherie; quelques exemples :

- Il est possible de jouer sur la "diversité des points de vue", largement alimentée par l'inexpérience de nombreux boursicoteurs (voire l'incompétence de certains professionnels), et la lenteur des canaux d'information classiques (malheur à vous si vous suivez le fil de presse : ce qu'on peut y lire est déjà dans les cours depuis un moment).

- On peut aussi jouer contre les autres, en spéculant sur leurs réactions plutôt que sur le titre lui-même : cette méthode est au coeur de nombreuses approches statistiques, prenant pour base la forme de la courbe, les volumes, les franchissements de moyennes mobiles, de supports et de résistances, etc... (regarder la courbe et son comportement nominal pour interpoler son évolution n'est rien d'autre que prédire la réaction moyenne des "autres").

Mais ces méthodes se heurtent de plus en plus à la pluralité des acteurs et à l'accroissement de la concurrence : plus vos concurrents sont nombreux, plus il est probable que certains prennent la bonne décision tout de suite (même par hasard !). Donc, soit vous décidez encore plus vite... soit vous avez perdu. Et comme le temps pour décider est court, vous vous trompez ! Autrement dit, ce qui est vrai au niveau des grands nombres (la bonne décision est prise immédiatement) s'inverse au niveau individuel (vous avez toutes les chances de vous planter).

A ce jeu, seuls les ordinateurs peuvent encore décider assez vite, à condition de disposer d'algorithmes adéquats. Et ces algorithmes sont élaborés partout par les mêmes ingénieurs, formés aux mêmes méthodes statistiques !

Autrement dit, plus les ordinateurs prennent la main (comme dans le "trading à haute fréquence"), plus la diversité des points de vue diminue : on se retrouve avec des agents raisonnables (les ordinateurs) disposant d'informations pures et parfaites (les cours, volumes, historiques, etc...) pour décider en fonction d'une logique similaire.

Autrement dit, on en revient au jeu de casino dans le noir : jouer au hasard vaut n'importe quelle autre méthode.

Sauf si on triche : dans un monde où le trading automatisé domine, délit d'initié et diffusion de rumeurs pourraient bien s'avérer les seuls moyens fiables de gagner en bourse...

vendredi, février 3 2012

Un mini serveur web en java 7

Le JDK 7 fournit une API intégrée à JAX-WS, qui permet de servir facilement du contenu web en http, sans rien d'autre qu'une JRE java7.

Le principal intérêt de ce genre d'approche étant la possibilité d'exposer en HTTP les fonctions d'un programme java, sans avoir à installer autre chose que la JRE (pas besoin de serveur d'application, etc...) : la méthode est par contre inadaptée aux contextes de forte montée en charge !

L'exemple de code ci-dessous est un mini serveur web : pour l'adapter, il suffit de changer l'URL et le chemin du fichier à servir. A ceci près, il compile et fonctionne parfaitement !
Compilation : javac WebServer.java
Exécution java WebServer (et contactez l'URL http://localhost:1234/hello avec votre navigateur).

// WebServer.java

import javax.activation.DataSource;
import javax.activation.FileDataSource;
import javax.activation.MimetypesFileTypeMap;

import javax.xml.ws.Endpoint;
import javax.xml.ws.Provider;
import javax.xml.ws.Service.Mode;
import javax.xml.ws.ServiceMode;
import javax.xml.ws.WebServiceProvider;
import javax.xml.ws.http.HTTPBinding;

public class WebServer {

  public static void main(String args[]) {
    Endpoint endpoint = Endpoint.create(
      HTTPBinding.HTTP_BINDING, new HtmlFileProvider());
    System.out.println("Starting web server at http://localhost:1234/hello");
    endpoint.publish("http://localhost:1234/hello");
  }

}

@WebServiceProvider
@ServiceMode(Mode.MESSAGE)
class HtmlFileProvider implements Provider {

  @Override
  public DataSource invoke(DataSource request) {

    // Change path below to serve your own HTML file...
    FileDataSource fds = new FileDataSource("/var/www/index.html");

    MimetypesFileTypeMap ftm = new MimetypesFileTypeMap();
    ftm.addMimeTypes("text/html html htm" );
    fds.setFileTypeMap(ftm);
    return fds;
  }

}

jeudi, janvier 5 2012

Génie logiciel : comment tirer parti de l'intelligence ambiante ?

Après avoir pas mal traîné mes guêtres dans le monde de l'IT et de l'intergiciel (ou "middleware"), j'ai presque tout entendu sur les mérites réels ou supposés de telle ou telle architecture innovante (de Corba au "cloud computing" en passant par les serveurs d'application, la SOA, etc... et j'en passe !). Au final et à de rares exceptions près, la déception est généralement à la mesure de la grandeur que l'on prête au concept... le succès étant souvent le fait d'outsiders inattendus (TCP/IP et les protocoles de l'internet, REST, les mashups...), ayant pour trait commun une relative absence de finalité et d'organisation, qui est la marque des systèmes dont l'existence précède les usages.

Je vais donc m'essayer à jeter en vrac quelques principes et/ou "patterns" de nature à caractériser les conditions de succès ou d'échec en matière d'architecture logicielle :

1) Diviser pour régner, ou le bon usage du "micro-pattern"
Toute fonction d'un logiciel qui peut être isolée comme principe général (un parser, un système de log, un moniteur transactionnel, un framework MVC, un widget, un conteneur de composants...) doit être externalisée sous forme de composant indépendant.
Dans l'idéal, cette brique de base doit être proposée sous une licence permettant le "fork" (que ses utilisateurs cibles puissent la réutiliser et la modifier s'il le faut pour l'adapter à leurs besoins) - si l'open-source est envisagé, une licence style BSD paraît de bon aloi (la GPL peut également convenir sous certaines conditions, notamment pour bloquer ou contrôler la privatisation éventuelle du code).
Cette approche est particulièrement compatible avec les systèmes de gestion de version modernes, et notamment GIT (où le fork de projet est un concept central).
Et elle permet d'assembler des logiciels incroyablement efficaces en un minimum de temps !

2) Etre aussi neutre que possible
Ce point rejoint en partie le précédent : à savoir, un système bien conçu se contente de faire ce à quoi il sert, et n'introduit pas d'autre contrainte (la fameuse "neutralité du net", qui ne fait que transporter des paquets sans discernement, en est une bonne illustration).
Ce point est un facteur clé d'ouverture à l'innovation future (plus vous introduisez de contraintes, plus les futurs innovateurs seront empêtrés dedans). "La loi ne peut interdire que ce qui nuit à autrui", dit la Déclaration des Droits de l'Homme (que l'architecte logiciel ferait bien de lire).

3) S'appuyer sur ce qui est éprouvé
Ce point rejoint une définition désormais fameuse de la stabilité d'un composant (est stable ce qui est utilisé fréquemment), et vient l'élargir (à d'autres domaines comme la montée en charge, la performance, la sécurité, etc...)
Pour un architecte logiciel, çà peut être très pragmatique : les "file system", bases de données, serveurs d'application, machines virtuelles... les plus utilisés ont tellement été optimisés à travers les âges qu'il devient quasiment impossible de les battre sur leur terrain.
Autrement dit, l'utilisation basique de ces systèmes a toute chance d'être préférable à la plus intelligente des constructions architecturales. Tant pis pour le côté glamour ou l'orgueil de l'architecte !

4) Détruire presque autant de code qu'on en produit
Autrement dit, moins j'ai de code, mieux je me porte : refactoring permanent (tant pis si vous jetez 3 semaines de boulot parce que vous avez inventé plus simple, au contraire !), et tout faire pour ne pas accumuler de "dette technique" (coder "avec les pieds" en se disant qu'on améliorera çà plus tard est une très mauvaise idée, largement pire que ne pas coder du tout).

5) Aller vite par cycles courts + feedback
Développez quelque chose, mettez-le à disposition, et réparez ce qui ne marche pas (ou laissez les autres le réparer s'ils vont plus vite). C'est vieux comme le monde, même si les méthodes "agiles" (scrum et autres XP) se la jouent moderne. Et çà a toujours fonctionné !

6) L'intéropérabilité n'existe pas, mais l'intelligence ambiante, si !
Ou "de la supériorité du mashup sur tout autre mode d'intégration" (n'allez jamais croire en la moindre technologie d' "interopérabilité" : on la promet depuis qu'on a inventé l'ordinateur à lampes).
Imaginez que quelqu'un veuille réutiliser un composant ou un service que vous fournissez : il devra au préalable comprendre votre métier (sinon il le réutilisera de travers). Ensuite, il saura bien s'adapter aux interfaces, APIs et autres documentations que vous lui fournirez, afin d'intégrer son système au votre. Inutile, donc, de vouloir imposer tel ou tel standard : fournissez une interface proche du métier, documentez-là, et faites confiance à l'intelligence de ceux qui en feront usage (ou des systèmes qu'ils développent).
Au pire, fournissez simplement les données, et que les usagers fassent avec !
C'est la force des APIs de "mashup" fournies par les Facebook, Google Maps, etc..., voire de l'"open-data" : on se débrouille bien mieux avec çà qu'avec tout système auto-descriptif prétendument "standard".

7) Faire confiance à l'humain
Coder, c'est créer. Les langages de programmation ou les protocoles d'intégration sont des grammaires et des syntaxes, comme les langues ou les systèmes formels mathématiques.
Ici aussi, il est question de style et d'élégance : comme pour un écrivain ou un mathématicien. Donc, inutile d'édicter des règles de pseudo-"qualité logicielle" contrôlées par force métriques et outils de validation (forcer Proust à écrire en alexandrins eût certainement été désastreux). Ca marche toujours moins bien qu'une gestion intelligente et attentive du bordel ambiant !

8) Coder !
Dans le futur monde connecté, celui qui ne saura pas coder ne saura ni lire, ni écrire. Vous n'avez sûrement pas besoin du dernier générateur de code à la mode avec des wizards partout, lequel a toutes chances de produire un galimatias incontrôlable. Ou si vous en avez vraiment besoin, demandez-vous 7 fois pourquoi, avant de l'utiliser !
Par contre, vous avez besoin d'une puissance d'expression qui soit la moins limitée possible : a minima, celle que fournit un langage de programmation dit "turing complet" (sinon celle que la langue fournit à la littérature). Apprenez donc à programmer, sinon vous ne saurez pas vous exprimer.

Bref, rien de neuf qui dépasse le bon sens paysan !

mercredi, septembre 14 2011

L'euro n'existe pas : il n'y a rien de nouveau sous le soleil !

Il fut un temps où chaque pays, dans une joyeuse cacophonie, opérait sa propre création monétaire : le temps du franc, de la peseta, du drachme ou du deutsche mark.

En ces temps préhistoriques, les banques centrales dépendaient largement du politique : que les électeurs soient mécontents, et on laissait opportunément filer la monnaie, en faisant tourner la planche à billets jusqu'à plus soif (tout en criant au loup à chaque poussée d'inflation). Et de vils spéculateurs faisaient régulièrement trembler la monnaie nationale...

Ah, les raids de Soros contre le franc, la dévaluation de l'après 1981, ou celle qui suivit mai-68 !

Puis vint l'Europe : BCE indépendante et garante de la "stabilité des prix", traités encadrant les déficits budgétaires, et j'en passe... Bref, fin de non -recevoir pour les Soros et leurs émules : le message est clair, il y a l'euro, notre dollar à nous, et vous ne faites pas le poids face à notre unité regroupée sous la bannière de notre Banque Centrale. Passez votre chemin, messires.

A un détail près : la création monétaire est avant tout question de dette. Et en termes de dette, chaque état assume seul ses choix, et ses engagements.

Les créanciers appliquent donc des taux différenciés à chaque état européen, selon leur évaluation du risque encouru (réel ou supposé). Et les spéculateurs disposent de maints instruments pour influer sur les taux et la création de monnaie des uns ou des autres : notamment, l'influence des rumeurs (la presse, les agences de notation, le lobbying politique...), mais aussi d'intéressants instruments dérivés, comme les CDS ("credit default swap"), titres cotés permettant de s'assurer contre un défaut de paiement, et sur lesquels la spéculation fait rage au point d'en arriver à un intéressant retournement de situation : le marché des CDS influe sur celui des taux, et non l'inverse !

Bref, vous aurez saisi le fond du sujet : tout se passe comme si chaque état disposait d'une monnaie différente, dont il peut émettre des quantités diverses au gré de sa politique, du crédit qu'on lui accorde, et des hasards de la fortune.
Evidemment, les marchés spéculent allègrement sur cette diversité : le trading sur les monnaies nationales a été remplacé par... du trading sur l'émission de monnaie nationale ! Où l'on prend les mêmes...

En d'autres termes, et grosso modo : la France émet des euros français, l'Espagne des euros espagnols, la Grèce des euros grecs, l'Allemagne des euros allemands... Assertion certes approximative, mais perspective éclairante.

Par convention, appelons çà des francs, des pesetas, des drachmes et des deutsche mark : çà sera plus clair, et çà permettra de rétorquer à ceux qui souhaiteraient "sortir de l'euro" (sic)... que l'euro n'a jamais existé que dans leur imagination !

P.S. Certains parlent d' "eurobonds". Auraient-il compris ? (et, si c'est de longue date... de qui se moque-t-on ?)

lundi, février 21 2011

Notes de lecture : "L'institution imaginaire de la société", par Cornélius Castoriadis

Le titre de ce billet est peut-être inapproprié : son contenu est plutôt un condensé, écrit de mémoire et donc interprété, de ce que j'ai retenu d'essentiel. En espérant expliciter assez clairement, sans trop d'omissions ni de déformations, la pensée du philosophe... et vous donner envie de le lire (l'effort en vaut la peine).

En introduction, Castoriadis commence par critiquer le marxisme : en l'inscrivant dans une perspective historique, il établit que ses prémisses comme ses conclusions n'ont rien d'absolu (qu'une révolution conduise à la dictature du prolétariat implique qu'il existe un "prolétariat" et des "révolutions"; ces dernières, supposées causées par un décalage entre le social et l'économique, impliquent qu'il existe une sphère "économique" largement autonome, etc...).

Il en conclut qu'aucune théorie de l'histoire ne peut avoir de sens : ce qui est applicable au marxisme s'appliquerait à toute autre théorie, parce qu'elle s'appuierait sur des concepts institués lors du processus historique.

Dit autrement, l'histoire crée de l'altérité : elle crée ex-nihilo des choses nouvelles... et on ne peut en établir de théorie générale, forcément bâtie sur des bases qui n'existent pas encore !

Cette altérité est créée à différents niveaux : la psychologie de l'individu s'appuie sur l'imaginaire radical (qui crée des représentations nouvelles), mais le corps social fait de même : il existe un imaginaire social.

L'imaginaire social engendre un magma de significations, de références, d'objets, de rôles, qui prennent un sens pour la société considérée (inversement, ce qui ne se conforme pas à ce système de représentations n'existe pas pour la société en question).

Castoriadis appelle ces représentations / significations des institutions.

Exemple : l'existence de machines, même en grand nombre, ne suffit pas à engendrer le capitalisme (dit autrement... la technique n'est pas autonome). Le capitalisme apparaît parce qu'il existe des notions de "capital", de "moyens de production", des rôles de "capitaliste" ou de "salarié", une division du travail, un objectif d'accumulation de richesses...
Ces notions sont instituées, elles ne vont pas de soi (il y a des sociétés pour lesquelles elles n'existent pas).

Castoriadis se demande ensuite par quel processus l'imaginaire social institue la société et ses significations.

Il le fait en analysant le regard que porte sur elles la pensée héritée, qu'il assimile à la logique ensembliste / identitaire : la pensée traditionnelle s'appuie sur la possibilité de séparer / distinguer, puis d'assembler / regrouper en catégories, comparer, etc...
Ces opérations sont ensemblistes, et ce type de logique est à la base du langage comme de la technique. Il est donc très difficile d'en sortir !

La pensée héritée va souvent jusqu'à assimiler la réalité à la logique ensembliste / identitaire : c'est là que Castoriadis diverge de l'avis général.
Il ne nie pas que cette logique ait une prise importante sur la nature et le réel (langage et techniques sont appropriés pour le façonner), ni qu'elle ne puisse s'en abstraire totalement (on ne peut imaginer une société qui ignorerait la nécessité pour ses membres de se nourrir...)

Mais il adopte une vision plus large, et définit essentiellement deux forces à l'oeuvre dans l'institution de la société :
- La première, appelée legein, étend la notion de langage (il s'agit du dire / représenter, et le langage est son code).
- La seconde, appelée teukhein, étend la notion de technique (il s'agit du "faire" social, et la technique est son code).

Legein et teukhein ont une forte coloration ensembliste (le langage et la technique), mais vont au-delà, ayant notamment le pouvoir de créer ex-nihilo de l'altérité : quelque chose de radicalement nouveau, qui n'existait pas à l'intérieur du système, et qui ne peut en être dérivé par des opérations ensemblistes.

C'est par leur biais que les institutions (significations, rôles, finalités...) qui façonnent la société sont créées, et que s'exprime l'imaginaire social : il y a donc bien institution imaginaire de la société.

Le philosophe nous apprend donc à nous méfier des idées reçues : ce sur quoi nous appuyons notre raisonnement et nos analyses a été institué, et n'a souvent de sens que pour la société et l'époque dans lesquelles nous nous trouvons...

Petit clin d'oeil personnel, en conclusion : peut-il exister une "science économique" ?

vendredi, novembre 12 2010

Petite leçon de Kapitalisme pour les nuls (comme moi)

Aujourd'hui, petit cours d'économie niveau CM1...

Pour simplifier les calculs, je vais faire quelques hypothèses qui feraient plaisir au MEDEF, à savoir : abolition des charges sociales et autres taxes, et population de consommateurs béatement crétins qui dépensent immédiatement tout ce qu'ils gagnent. Un rêve ultralibéral, n'est-ce-pas, dont certains semblent persuadés que l'avènement résoudrait tous les problèmes. CQFD...

L'économie sera supposée constituée de producteurs et de consommateurs : les producteurs vendent ce qu'ils produisent aux consommateurs, et les consommateurs gagnent de l'argent parce qu'ils travaillent pour les producteurs.

Appelons R le revenu des producteurs, et S ce qu'ils versent aux consommateurs en échange de leur travail (les salaires, par exemple).

A première vue, R = S (du moins, à en croire les hypothèses ci-dessus).

Il est impossible que R soit supérieur à S, puisque les consommateurs n'ont rien de plus : une fois qu'ils ont dépensé S, ils sont complètement rincés...

Autrement dit : même si les coûts de production sont exclusivement salariaux, qu'il n'y a aucune charge ni taxe, et que ces abrutis de consommateurs sont des paniers percés, notre producteur ne gagne RIEN : il verse S, et il gagne R, lequel est dans le meilleur des cas égal à S (et, selon toute vraisemblance, inférieur...)

Ne noyons pas le poisson (façon Keynes) en posant que le revenu est égal à la consommation plus l'investissement (soit R = S + I , I étant l'investissement). Car il faut bien, n'est-ce-pas, que l'argent qui constitue cet "investissement" vienne de quelque part, et on ne voit pas bien d'où, si ce n'est de revenus provenant de la vente d'une production (ce qui nous ramène au problème précédent).

Alors, comment se fait-il que çà marche ? Eh bien, pour de multiples raisons, dont voici quelques unes (qui se cotoient toutes, dans le monde actuel, à divers degrés) :

- Le crédit. Il suffit qu'on fabrique à tire-larigot la monnaie qui manque, et qu'on la prête un peu à tout le monde, en se disant qu'on se remboursera sur les profits de demain (voire aux calendes grecques, comme leur nom le suggère, les Grecs s'étant récemment faits champions de la spécialité).
Très efficace, aussi longtemps que tout le monde croit au système comme la chrétienté au petit Jésus. Il est évident que la masse des dettes est alors supérieure à la totalité de la masse monétaire, ce qui équivaut à dire que le patrimoine net de l'humanité est négatif : pas très grave, celui de mon voisin de palier, fier propriétaire de son appartement (et conséquemment locataire de sa banque), est lui aussi négatif (surtout depuis que l'immobilier baisse), et l'homme se porte bien.

- L'inégalité. Par exemple, si la balance commerciale est positive (le pays exporte plus qu'il n'importe), on exporte aussi nos problèmes : comme le fric rentre chez nous, c'est les autres qui ont un problème (puisque de chez eux, il sort), mais on s'en tape, c'est la croissance, youpi.

- La crise. Si je fais faillite, je ne rembourse pas mes dettes, et on remet quelques compteurs à zéro (si les grecs font défaut, "la Grèce ne coulera pas tout de suite au fond de la mer Egée", dit-on : cf. l'emprunt Russe, pour ceux qui douteraient). Donc, des successions de créations et de destructions monétaires, lesquelles créent les disparités nécessaires à des écoulements d'argent d'un lieu vers un autre, et réciproquement...

- L'échange hors économie du profit : comme, par exemple, le troc, entre autres systèmes mutualistes. Là, je récupère l'équivalent de ce que je donne, et on se débrouille à ce que tout le monde soit globalement nourri, logé, etc... Dans ce cas, en gros, R=S et il n'y a pas de bug. Ce bon vieux trux a bien dû fonctionner 20.000 ans, soit un peu plus longtemps que le Nasdaq...

Il convient aussi de ne pas oublier ce qui est la condition première de toute "création de richesse", comme disent les winners façon 80's : la disponibilité de ressources, énergie, etc..., renouvelables ou pas, dans lesquelles on peut puiser joyeusement. Je ne m'étendrai pas là-dessus : c'est de toutes manières la condition d'existence de tout système organisé, capitaliste ou pas, et je suggère à ceux qui en douteraient de se renseigner sur le 2ème principe de la thermodynamique (lequel pose, d'ailleurs, que de ressources renouvelables il n'est point).
On ne peut donc pas faire autrement que pomper dans le réservoir (se modérer, si, mais çà s'arrête là), sauf à considérer le suicide collectif comme un mode de gouvernance, et ce n'en déplaise aux tenants de l'écologie radicale !

Quand je vous disais que le capitalisme c'était pas compliqué : vous voyez bien...
En attendant, n'oubliez pas de rembourser votre prochaine échéance de prêt !

mercredi, août 11 2010

Le pétrole c'est bien drôle, mais le hic, c'est le pic.

Vu ce 11 Août 2010 dans les inénarrables news de boursorama :
"l'AIE estime que la demande mondiale de pétrole devrait augmenter cette année de 1,8 millions de barils par jour (bpj) pour atteindre 86,6 millions de bpj,"
Et encore, dans une autre news, le même jour :
"Total : lancement du développement du projet CLOV en Angola { ... } dans l'offshore profond de l'Angola, visant à mettre en production quatre champs { ... } dont les réserves sont estimées à environ 500 millions de barils d'huile."

Autrement dit, on va creuser des puits douteux au fin fond de l'Atlantique, tout çà pour couvrir au mieux une petite semaine de consommation mondiale. C'est vrai que la perspective de rouler avec ma bagnole une semaine de plus, çà mérite bien d'engluer quelques Angolais dans le mazout, z'avaient qu'à pas habiter à côté de chez Total. Et puis, la perspective d'épuiser 4 plateformes offshore par semaine, çà me donne tout de suite l'impression qu'on est des types importants...

Mais il y a plus drôle, dans le pétrole : par exemple, les "réserves prouvées" (= celles qui ont 90% de chances, à la fois, d'exister et d'être exploitables au coût actuel avec la technologie dont on dispose déjà - c'est la définition officielle).

Ci-dessous, la courbe des "réserves prouvées" de l'OPEP (source : Wikipedia).
Réserves de l'OPEP

On y voit d'abord une espèce de marche d'escalier... apparue le jour où l'OPEP a indexé les quotas de productions de ses membres sur leurs réserves.
"A partir de maintenant, plus tu as de réserves, plus tu peux produire" : du coup, tu refais tes comptes, et tu t'aperçois que tu avais oublié la moitié de ton pétrole. Miracle de la comptabilité au pays du mirage et du tapis volant...
Mention spéciale pour la courbe (ou devrais-je dire la droite ?) de l'Arabie Saoudite : là-bas, ils ont beau pomper, les réserves ne changent pas depuis 20 ans (et ce quand bien même ils n'ont découvert, depuis, aucun gisement majeur).

Toute cette brave rigolade devrait tout de même bientôt prendre fin : en raison d'un certain "pic du pétrole" ("oil peak"), scruté de près par nombre de décideurs industriels et financiers (et que les politiques font largement semblant de ne pas voir venir, ce qui prouve qu'ils en tiennent compte).

Le pic, c'est quoi ?

Tout simplement, on s'est aperçu statistiquement que, lorsqu'on a pompé la moitié de son pétrole, le débit de pompage diminue inexorablement. Le pic, c'est donc l'instant où on aura pompé la moitié du pétrole disponible dans le monde : après, le robinet coulera de moins en moins fort.

Eh oui, camarade : il restera encore autant de pétrole que tout ce qu'on a déjà pompé depuis l'antiquité, sauf qu'il faudra être très patient pour en avoir une goutte (ou alors la payer plus cher que le voisin, ou alors se l'approprier sans lui demander son avis, au voisin, ce qui est prometteur pour la paix mondiale).

Les spécialistes (au rang desquelles la très militante ASPO - Association for Study of Peak Oil and Gas) placent le pic entre 2005 et 2020, sachant qu'il faudra environ 5 ans pour s'apercevoir qu'il est derrière nous (donc, c'est peut-être déjà le cas ?)... et environ 20 ans pour s'adapter quand on décidera que c'est l'heure de se bouger les fesses (donc, on a, au mieux, 10 ans de retard). Voir ci-dessous (source ASPO) :

Le pic, selon l'ASPO

Moralité, cher lecteur : achète donc un gros 4x4, et profites-en pour cramer le maximum de pétrole pendant que tu peux encore t'en payer. Au passage, tu accélèreras la venue du pic, et ce sera bon pour la planète, donc çà fera de toi un précurseur de l'écologie militante... au risque, il est vrai, d'être quelque peu incompris en ces temps de frilosité de la pensée.

dimanche, mai 30 2010

Le mythe du financement des retraites et de l'allongement de la vie...

Ces derniers temps, on nous présente le fait suivant comme évident : nous devrions travailler plus longtemps, parce que l'espérance de vie augmente.

Examinons les chiffres : entre 1985 et 2008, la productivité horaire a augmenté de 50,75%, tous secteurs confondus. Sur la même période, l'espérance de vie a augmenté de 8,83% chez les hommes, et 6,29% chez les femmes (passant, respectivement, de 71,3 à 77,6 ans, et de 79,4 à 84,4 ans). (*)

Or, en 1985, le travail suffisait déjà amplement à satisfaire les besoins de la plupart des gens. Avec l'augmentation de la productivité (+50%), on pourrait donc pourvoir à un niveau de vie équivalent, à travail constant, pendant une durée 50% plus longue.

Soit, pour un homme, 107 ans, et pour une femme, 119 ans.

Les chiffres indiquent donc que la retraite à 60 ans, telle que pratiquée en 1985, permettrait de préserver le niveau de vie de 1985 jusqu'à ce que l'espérance de vie moyenne dépasse 110 ans... et ce à productivité constante (niveau de 2008).

On pourrait objecter que ce sont là des moyennes, ou encore qu'une espérance de vie plus longue implique des coûts exponentiels (dûs à une plus longue durée de dépendance).

Tout ceci, non seulement reste à prouver, mais bute également sur une évidence : la marge dont on dispose (110 ans... alors que l'espérance de vie actuelle est plutôt de l'ordre de 80) gomme largement cet éventuel surcoût, et ce sans préjuger d'une éventuelle augmentation future de la productivité !

Autrement dit, ce n'est probablement pas même à travail constant que l'on pourrait conserver indéfiniment le niveau de vie de 1985 : il est presque certain que l'on pourrait travailler moins...

Comme quoi les évidences sont parfois trompeuses : si nous avons un problème, il concerne davantage la redistribution des richesses et l'organisation sociale que l'allongement de l'espérance de vie... et même une analyse très rapide permet d'établir que nous sommes largement assez riches pour financer nos retraites !

(*) Source : INSEE, Comptes nationaux / finances publiques (http://www.insee.fr/fr/themes/comptes-nationaux/tableau.asp?id=2.211) et Population (http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF02221) - calculs basés sur les séries longues, téléchargeables sur le site de l'INSEE.

mercredi, mars 31 2010

Le triangle de Sierpinski, comme métaphore de la révolution

Le triangle de quoi ?

Le "triangle de Sierpinski" est une figure fractale bien connue, composée de triangles inclus à l'infini dans d'autres triangles, comme des poupées russes. Il ressemble à ceci (j'ai piqué l'image à un certain Jake Wildstrom, qui je l'espère ne m'en voudra pas) :
Triangle de Sierpinski

A priori, la figure n'a rien de très original. Si ce n'est qu'on peut l'engendrer à partir de l'algorithme suivant :

  • Tracer un triangle (3 sommets : A, B et C)
  • Choisir au hasard un point du plan (même pas forcément dans le triangle) : appelons-le P
  • Ensuite, par itérations successives :
    • Choisir au hasard l'un des 3 sommets (A, B ou C)
    • Tracer un nouveau point à mi-distance de P et du sommet choisi. Ce point sera le nouveau point P de départ, pour l'itération suivante...

Au bout de quelques milliers d'itérations, vous verrez apparaître un beau triangle de Sierpinski ! Ce processus est fort bien illustré par une applet java que l'on peut trouver ici : essayez-là, c'est édifiant (cliquez sur "Go", sélectionnez un point à l'intérieur du triangle, et c'est parti !)
Le plus surprenant, c'est que la figure qui apparaît ressemble à un triangle de Sierpinski... mais n'en est pas un : les points sont tous infiniment proches du triangle, mais ne sont jamais dessus.
En fait, ils "gravitent" autour du triangle : ils dessinent ce qu'on appelle une orbite autour d'un "attracteur" (le triangle de Sierpinski).

Cette notion d'attracteur est essentielle, car elle a une portée générale : avec une formule très simple (l'algorithme cité plus haut, énonçable en quelques lignes), on arrive à engendrer avec l'aide du hasard une infinité de figures différentes, qui ont toutes la même structure ou forme (selon le point de départ et les choix aléatoires des sommets, chaque triangle engendré ne sera identique à aucun autre - pourtant, tous seront semblables).
Si çà ne vous rappelle rien, je vais prendre un autre exemple : l'ADN. Quelques milliers de gènes permettent d'engendrer un animal complexe : vous, qui ressemblez à votre voisin, sans jamais être identique.
Il se pourrait bien que vous et moi soyons deux orbites différentes, engendrées par un même attracteur : les règles codées par l'ADN avec une pincée de hasard, pour simplifier... un peu comme pour le triangle de Sierpinski !

Et la révolution là dedans ?

J'y viens... avec, vous commencez à vous en douter, l'idée suivante : ce qui est sous-jacent à l'ordre social est une forme d'attracteur. L'ordre social est une orbite autour d'un "attracteur social".

L'ordre social s'engendrerait lui-même, selon un processus certes plus complexe, mais analogue à celui détaillé plus haut pour le triangle de Sierpinski.
On retrouve, décrit de manière plus informelle, ce genre d'intuition dans un billet récent de la blogueuse Agnès Maillard (qui tient un fameux blog politique à la limite du révolutionnaire); je cite :

"En gros, ce qui motive les gens à s'arrêter au feu rouge, c'est leur adhésion intime au principe qu'il est mieux pour leur gueule de se conformer aux règles et aux usages communs que de chercher la merde en faisant n'importe quoi. Ce n'est donc pas la peur du gendarme ou de la sanction qui garantit le mieux la paix civile, c'est l'intime conviction qu'il est plus profitable de traverser dans les clous que de jouer les aventuriers. Une société fonctionne surtout selon un principe de libre adhésion et de quelque chose qui est de l'ordre de la foi."

Constat quelque peu imprécis, mais qui dénote l'intuition d'un mystérieux mécanisme sous-jacent à l'ordre des choses... Ensuite notre blogueuse termine sur une note plus insurrectionnelle (et plus convenue) : pour résumer, à force d'exploiter les gens, on atteindrait un seuil au-delà duquel l'ordre social ne serait plus tolérable; je cite encore :

"De plus en plus de gens ont du mal à satisfaire leurs besoins élémentaires pendant qu'une poignée d'autres affiche un luxe outrancier. Le contrat social a été piétiné de manière unilatérale et il convient d'agiter un gourdin de plus en plus gros pour maintenir les gueux à leur place, pour les forcer à respecter des règles qui, manifestement, n'ont plus pour objectif que de protéger ceux qui profitent du système ( ... ) C'est un assez mauvais calcul à moyen terme. Parce que les tensions créées par les déséquilibres grandissants et cumulés finissent toujours par exploser, violemment, sans que jamais il ne soit possible de prévoir où, quand, comment et pourquoi."

Cette analyse est plus discutable, car souvent démentie par les faits : il existe nombre d'endroits dans le monde où la liberté est bafouée, où les gens meurent de faim ou sont réduits à l'esclavage, sans que la moindre révolution (ni révolte d'ampleur) n'éclate.

Revenons alors à notre triangle de Sierpinski, vu comme métaphore de l'"attracteur social" : se révolter, c'est en quelque sorte décaler le point courant, momentanément, à l'écart de l'orbite. Mais la poursuite des itérations fera revenir les points suivants vers le triangle, et l'orbite ne sera, au mieux, que très légèrement déformée.

Tant que l'attracteur persiste, rien ne change dans l'ordre des choses. Ce qui revient à donner de la révolution la définition suivante : "la révolution est un changement d'attracteur".

Comment change-t-on d'attracteur ?


En fait, le plus important est de comprendre que le changement d' "attracteur" ne provient ni de l'ampleur de l'oppression (engendrée par l'attracteur lui-même), ni de la force des idées.



La Révolution Française est perçue par certains historiens comme mue par la montée de l'industrie, portée par une certaine bourgeoisie d'affaires : l'avènement d'une industrie moderne étant incompatible avec les règles de l'ancien régime, ces règles ont inexorablement été balayées, le sens de l'histoire étant alors sous-tendu par une mutation d'ordre économique.

A un degré moindre, l'avènement des techniques de l'assurance, ensuite transférées dans la sphère publique, a donné corps à ce qui fut appelé l' "Etat providence", lequel a retiré à la religion son monopole...de la Providence, justement ! Le phénomène va amplifier la laïcisation des institutions, produisant un profond changement social (phénomène très bien décrit par Pierre Rosanvallon dans son essai "La crise de l'Etat Providence").

Ces exemples illustrent à divers degrés quelque chose qui est de l'ordre du "changement d'attracteur", ce dernier prenant une forme nouvelle autour duquel se "cristallise" une nouvelle société. Autrement dit, la révolution résulterait d'une forme d'innovation de rupture, en donnant au terme "innovation" un sens élargi : de nouvelles techniques, idées, une nouvelle approche, des usages qui apparaissent, et finissent par atteindre un seuil critique à partir duquel tout bascule, parce que l'ordre existant devient un carcan démodé et sclérosant.

Phénomène, sans doute, impossible à produire de façon volontaire : on ne décrète pas la révolution. Quant à savoir si certains phénomènes récents, comme celui d'internet et de la société de l'information, sont de magnitude suffisante pour provoquer une révolution... Les historiens de demain pourront en débattre !

vendredi, janvier 29 2010

Le "ticket course", ou comment la FFS escroque les skieurs de fond !

Ce billet, qui s'adresse a priori au petit milieu du ski de fond français, peut certainement intéresser les athlètes d'autres disciplines : d'autres fédérations que la nôtre disposant d'une imagination sans bornes lorsqu'il s'agit de se financer (même illégalement !) sur le dos du pratiquant... (si vous n'avez pas de patience pour lire, sachez que ce billet propose une lettre type qui résume assez bien le propos).

Mais revenons au cas de la FFS (Fédération Française de Ski) et de son "ticket course" : escroquerie manifeste qui perdure pourtant depuis des années, sans que ladite fédération ne soit inquiétée... il faut dire que la subtilité du système vaut le détour.

Lorsqu'un fondeur souhaite s'inscrire à un événement populaire (par exemple, la "Transjurassienne" ou la "Foulée Blanche", équivalents pour les fondeurs aux grands marathons pédestres), il a obligation de posséder un titre fédéral.

Il peut s'agir d'une licence compétiteur, ou d'une "Carte Neige" (aux options plus limitées).

A défaut, le pratiquant devra souscrire une sorte de "licence" journalière, appelée "ticket course". Ce ticket course, facturé de 6 à 10 EUR en 2010, est une subtile escroquerie. Explications :

- Le ticket comporte un volet "assurance", non séparable. Le système constitue donc une vente forcée.
A ce niveau, la FFS a tout de même imaginé une parade : il est possible de s'acheter une licence sans assurance (en fait, RC seule... ce qui est déjà discutable). Mais au prix de 64 EUR, soit plus de 10 tickets course. Comme peu de pratiquants occasionnels participent à plus de 10 événements, cela revient à dire qu'ils ont le droit de choisir leur assurance... à condition de payer un dédit à la FFS !
On est donc bien dans le cas d'une vente forcée - mais déjà, le faire valoir devant un tribunal (et le faire comprendre aux gens) est un peu plus compliqué...

- Le ticket comporte également un volet fédéral. Tout aussi illégal, pour une raison simple : il s'agit d'un "enrichissement sans cause" !
Le ticket, quoique réputé "titre fédéral", ne donne droit à aucun des services habituellement attachés à un tel titre : classement national par points, classement dans les championnats, ou autres avantages clients associés à la licence. Donc, vous payez un droit à la fédé... en échange de RIEN !
Eh bien, en France, vendre du rien, c'est interdit ("enrichissement sans cause", c'est assez clair, non ?)

- Enfin, le ticket comporte un volet "organisateur", réservé à l'organisateur de la course. Celui-ci est particulièrement croustillant : l'organisateur est payé, parce que c'est lui qui vend le ticket course, pas la FFS !

Et s'il refuse de le vendre ? Eh bien, sa course est tout simplement déclassée, et ce même si des licenciés y participent (petite mesure de rétorsion visant à réprimer les récalcitrants).
Lors de l'introduction du ticket course, il y a bien des années, quelques courses prestigieuses ont ainsi été déclassées (a posteriori !) pour avoir inscrit des athlètes sans titre fédéral : parmi elles, la Foulée Blanche, ou encore le Marathon de Bessans... excusez du peu !
Rien de tel que de molester quelques boucs émissaires emblématiques pour instaurer l'impôt révolutionnaire...

Ce système a pour le FFS de nombreux avantages : sans rien faire, elle fait vendre des tickets par les organisateurs. Lesquels se livrent donc à une activité illégale... à la place de la FFS !

S'il fallait attaquer quelqu'un, ce serait qui ? Avez-vous déjà vu un athlète désireux d'attaquer un organisateur de course ?? Alors, attaquer la FFS ? Mais elle ne vous a rien vendu, la FFS...
Et puis, quand on vous vole quelques euros, vous allez au tribunal, ou vous vous laissez faire ? Le préjudice est si petit...

Le système a tout de même une légère faille : le volet "organisateur", lequel touche donc un peu d'argent (sans doute pour le dédommager d'avoir à vendre des titres FFS).
Autrement dit, il exerce une activité illégale, mais il est payé pour çà : la FFS est donc le commanditaire, et là, le préjudice est avéré.
Sans doute les juristes de la FFS y ont-ils songé (ils sont, manifestement, si intelligents... que je n'oserais leur faire l'injure de croire qu'ils n'y ont pas pensé). Mais il était difficile de faire autrement, je suppose... donc le risque en valait la chandelle !

Alors, que peut faire le pratiquant de base, puisque c'est, au final, son argent que l'on subtilise ?

Je suggère de saisir, par lettre simple (ou recommandée), la DDCCRF (Répression des Fraudes). Ci-joint, une lettre type, inspirée de la mienne : vous pouvez l'adapter à votre guise (n'hésitez pas), ou simplement l'imprimer, y ajouter vos coordonnées, dater, signer et envoyer.
La DDCCRF peut être saisie par tout citoyen, et doit répondre sur le fond aux questions qui lui sont posées. Elle est donc tenue de vous répondre, si vous envoyez la lettre ! Egalement, si votre saisine est infondée, vous ne risquez rien : simplement, on vous expliquera qu'elle est infondée, et çà s'arrêtera là.
Sur ce type de sujet, elle a, par contre, tendance à botter en touche (d'autant que la DDCCRF de Haute-Savoie n'a pas forcément envie de se mêler des affaires de la FFS). Mais si elle reçoit de nombreuses lettres, il faudra bien qu'elle fasse son travail d'investigation...

Et n'allez pas croire que c'est inutile : en 1999, la Fédération Française d'Athlétisme (FFA) fut condamnée pour des faits comparables par le Conseil d'Etat, saisi par un simple club d'athlétisme (jugement n° 199143 du 2 juillet 1999). Au bénéfice de tous les pratiquants !

J'espère, en tout cas, que ce billet aura été éclairant, concernant les pratiques douteuses de certaines fédérations sportives... Et qu'il incitera davantage d'athlètes, clubs ou organisateurs à réagir !

lundi, novembre 23 2009

L'intéropérabilité pour les nuls...

L'intéropérabilité, c'est la capacité qu'ont différents systèmes d'intéragir (inter-opérer, çà dit son nom), d'échanger, de fonctionner et travailler ensemble.
Le problème, généralisable, est particulièrement critique dans le domaine des technologies de l'information.

Et comment obtient-on l'intéropérabilité ? Eh bien, il y a au moins deux méthodes : l'uniformisation du monde, ou l'adoption de standards ouverts.

La première méthode est simple : tout le monde utilise le même logiciel, protocole, format, etc... Les mauvaises langues diront que ce n'est pas de l'intér-opérabilité mais de la "self"-opérabilité : certes. Mais la méthode a d'autres travers : outre une certaine fragilité (cf. la biodiversité : plus elle est réduite, plus une attaque risque de détruire tout l'écosystème) et le risque d'appropriation par une firme privée ou un lobby, elle nécessite sutout une uniformisation de la culture et des pratiques, laquelle ne peut être obtenue que par un contrôle strict et régalien, assorti de sanctions fermes.

Autrement dit, la "self-opérabilité" ne peut être obtenue que par la dictature.

A l'opposé, les standards ouverts garantissent que les données et les protocoles, publics et d'accès libre, peuvent être mis en oeuvre, exploités ou étudiés par tous (ce qui favorise, au passage, l'accès de tous au savoir, ainsi que les logiciels open-source).
Leur évolution ne peut se faire que de manière collégiale, via des structures démocratiques prenant en compte l'avis des utilisateurs et de toute personne ou organisation intéressée.

Autrement dit, les standards ouverts, c'est une forme de démocratie décentralisée (leur établissement étant le fait, par exemple, de consortiums, organismes publics ou associations à processus de décision ouvert).

De récents travaux financés par l'Europe font état de voies intermédiaires : il existerait un "continuum" entre l'ouverture totale et la fermeture totale, au long duquel il serait légitime de se positionner (cf. un récent article de Glyn Moody sur ComputerWorld UK, que j'ai accessoirement traduit en français ici, et qui détaille les croustillants travaux de l'IDABC).

C'est presque aussi absurde que de déclarer qu'il existerait un "continuum" entre la dictature et la démocratie au long duquel les états devraient se positionner, mais passons... En ce qui concerne l'intéropérabilité, se positionner librement entre l'ouverture et la fermeture, çà revient à entériner le système actuel, lequel est tout sauf intéropérable, justement parce que chacun fait un choix différent du voisin.

Ce qui démontre que l'intéropérabilité est impossible sans une forme de "contrôle politique" : ou, pour parler comme un économiste, qu'il n'y a pas de "main invisible" qui ferait tendre le système vers l'intéropérabilité.

Et le "contrôle politique", ici comme ailleurs, c'est soit la dictature, soit la démocratie. Camarade, choisis ton camp...


P.S. Cette réflexion a été nourrie par une analyse économique de Jacques Sapir, à propos de la théorie de l'équilibre général de Walras, dont il démontre qu'elle ne peut s'appliquer réellement sans un contrôle politique, de forme soit totalitaire, soit démocratique, mais proche de ceux décrits ici : cf. "Les trous noirs de la science économique : essai sur l'impossibilité de penser le temps et l'argent" (Seuil / points économie, 2003)

jeudi, octobre 29 2009

La métaphore de l'usine à gaz

Que votre métier consiste à concevoir, organiser, gérer, maintenir ou planifier, nul doute que vous aurez déjà constaté le fait suivant : les systèmes dont vous avez la charge, au fil du temps, deviennent de plus en plus inefficaces, plus compliqués, chaque modification provoque des effets de plus en plus imprévisibles, et toute tentative de simplification devient trop hasardeuse pour être envisageable...

Alors, augmentation naturelle de l'entropie ? Effet de bord de la complexité ? Ou simple incapacité de votre part à gérer et organiser correctement ?

De fait, les systèmes complexes ne sont pas statiques : ils échangent avec l'extérieur, qui évolue, et sont eux aussi contraints à évoluer, ou à disparaître.

Evoluer ne pouvant se faire que dans deux directions : croissance ou décroissance (devenir plus gros ou plus petit, plus véloce ou plus lent, plus riche ou plus pauvre, plus technicien ou plus traditionnel, ou ce qu'il vous plaira, c'est analogue...)

Et encore, dans des limites relativement étroites : une ville, une entreprise, un programme, une économie ou un animal ne peuvent faire croître ni décroître à l'infini leurs principaux caractères (pourquoi, me direz-vous ? les raisons sont diverses, mais connexes. Prenons un exemple avec l'animal : si sa taille change, son volume évolue plus vite que sa surface, ce qui pose rapidement des problèmes de régulation thermique - trop petit, il offre trop de surface par rapport au volume nécessaire à produire de la chaleur... et trop gros, il n'offre pas assez de surface pour évacuer ses calories : les souris ont froid, les éléphants ont chaud !)

Or, chaque évolution (croissance ou décroissance) comporte une part d'irréversible : d'abord parce qu'il n'est pas question de revenir à l'état initial (le monde extérieur ayant depuis évolué), ensuite parce que c'est impossible.

Prenons l'exemple d'une usine (à gaz ? nom générique que l'on prête à toute la galaxie des systèmes complexes, comme par hasard), dont on voudrait moderniser le fonctionnement : d'anciens sous-systèmes vont rester actifs, d'autres seront ajoutés, d'autres remplacés ou rénovés, etc...

Dans ce cadre, la redondance est préférable à la perte d'une fonction : on évite de trop modifier ce que l'on comprend mal, ou ce qui semble remplir sa fonction honnêtement - on se contente de le répliquer ou de l'améliorer.
De plus, sur un système qu'il est souvent impossible d'arrêter, l'arrêt même temporaire d'un sous-système vital (par exemple, dans le but de le remplacer) pourrait avoir des conséquences funestes...

Chaque évolution va alors s'ajouter à un existant sans réellement le remplacer, provoquant une forme de stratification qui réduira l'efficacité du système, y provoquant des redondances, parfois des incohérences. Les erreurs, inhérentes à toute manipulation, vont également s'y accumuler au fil du temps.

Le système finira par être trop inefficace pour remplir sa fonction, même dans un mode dégradé : notre usine, par exemple, devra être désaffectée, démolie et remplacée.

Rien que de très normal, donc : vous voilà donc rassuré, puisque votre compétence n'est pas en cause ?
Ne vous réjouissez pas trop vite : étant vous-même un système complexe, l'adhésion au raisonnement ci-dessus vous condamne à mourir avec lucidité...

mercredi, juillet 29 2009

Exposer un bundle OSGi sous forme de Web Service

Réalisé avec les projets Apache Felix (plateforme OSGi, felix.apache.org) et CXF (web services, etc...)...
Evidemment, ce post, valable le jour où il a été posté, devrait se périmer assez vite (en particulier en ce qui concerne les versions des outils utilisés, et leur localisation).

Le principe pourrait toutefois ne pas changer trop vite :

  • * Tout d'abord, installer puis démarrez le bundle d'extension "OSGi compendium API's", fourni avec Felix comme sous-projet (téléchargeable ici).
  • * Ensuite, installez puis démarrez le bundle OSGi CXF (cxf-dosgi-ri-singlebundle-distribution-1.1-SNAPSHOT.jar, à télécharger ici).
  • * Enfin, avant d'être installé/démarré, Le bundle OSGi que vous souhaitez exporter doit être spécifiquement "annoté" (en fait, des Properties à associer à l'enregistrement de l'interface, dans l'Activator). Ce qui permettra au bundle Apache CXF de le détecter au moment du "start", et de l'exporter sous forme de Web Service !

Donc, dans le détail :

1) Ecrire un bundle OSGi - ici, un "HelloWorld" qui exporte l'interface suivante :

package helloworld;
public interface HelloService {
  public String sayHello(String name);
}

Le bundle se compose de 3 fichiers :

- L'interface : HelloService.java

package helloworld;
public interface HelloService {
  public String sayHello(String name);
}


- L'activateur Activator.java : tout simple, mais notez les 3 lignes "props.put" (+ le passage de "props" en paramètre de registerService()) qui concernent l'exportation de l'interface sous forme de Web Service, et qui permettront au bundle CXF d'enregistrer le nouveau bundle comme web service dès qu'il sera détecté au démarrage :

package helloworld;

import java.util.Dictionary;
import java.util.Hashtable;

import org.osgi.framework.BundleActivator;
import org.osgi.framework.BundleContext;
import org.osgi.framework.ServiceListener;
import org.osgi.framework.ServiceEvent;

public class Activator implements BundleActivator {
  public void start(BundleContext context) {
    Dictionary props = new Hashtable();

    props.put("service.exported.interfaces", "*");
    props.put("service.exported.configs", "org.apache.cxf.ws");
    props.put("org.apache.cxf.ws.httpservice.context", "/helloworld");

    context.registerService(HelloService.class.getName(), new HelloImpl(), props);
 }

  public void stop(BundleContext context) { }

  /**
   * Implementation de l'interface HelloService
   */
  private static class HelloImpl implements HelloService {
    public String sayHello(String name) { return "Hello " + name + "!"; }
  }
}

- Le manifeste, manifest.mf :

Bundle-Name: HelloWorld
Bundle-Description: A Hello World bundle
Bundle-Vendor: Gibello
Bundle-Version: 1.0.0
Bundle-Activator: helloworld.Activator
Export-Package: helloworld
Import-Package: org.osgi.framework


Reste ensuite à créer le bundle (au préalable, faire pointer le CLASSPATH vers la librairie felix.jar - qui contient les classes d'OSGi, et se trouve dans le répertoire bin/ de felix) :

javac -d . *.java
jar cfm helloworld.jar manifest.mf helloworld/

2) Installer et démarrer les 3 bundles dans Felix :

Supposons que les 3 bundles (org.osgi.compendium-1.2.0.jar, cxf-dosgi-ri-singlebundle-distribution-1.1-SNAPSHOT.jar et helloworld.jar) soient copiés dans un sous-répertoire "my_bundles" du répertoire de felix :

  • * Démarrer Felix ( java -jar bin/felix.jar )
  • * Installer / démarrer les bundles (install ... start)
$ java -jar bin/felix.jar 

Welcome to Felix.
=================

->
-> install file:my_bundles/org.osgi.compendium-1.2.0.jar
Bundle ID: 25
-> start 25
->
-> install file:my_bundles/cxf-dosgi-ri-singlebundle-distribution-1.1-SNAPSHOT.jar
Bundle ID: 26
-> start 26
->
-> install file:my_bundles/helloworld.jar
Bundle ID: 27
-> start 27
->

3) Le web service est prêt...

Maintenant, il ne reste donc qu'à accéder au Web Service !
Par exemple, pour accéder à sa description WSDL :

http://localhost:8080/helloworld?wsdl

A noter qu'il est parfaitement possible de générer des "stubs" java pour y accéder, par exemple avec l'outil wsimport du JDK (à partir de la version 1.6) - le web service semble donc compatible avec JAX-WS.

mardi, mai 19 2009

Crise immobilière : on prend les mêmes, et on recommence !

Flash-back sur la crise des années 90 : ou comment démentir la croyance selon laquelle "l'histoire ne repasse jamais les plats" (les citations sont tirées des archives du journal Le Monde).

Donc, au départ, tout va bien : Le prix moyen des logements neufs et anciens à Paris a été multiplié par trois en dix ans (15/2/89), ou encore Acheté par un promoteur 650 francs en 1985, le mètre carré de cette colline niçoise s'est vendu il y a quelques semaines 4 500 francs. Sept fois plus cher qu'il y a cinq ans. (16/5/90).

Le bon vieux mythe des Anglais bat déjà son plein : Les Britanniques débarquent en Bretagne. Quelques vieilles pierres dans un hameau perdu,la campagne à perte de vue : c'est le nouveau rêve de l'autre côté de la Manche (4/4/90).

Le 4 Avril 90, malgré quelques craintes émergentes, l'euphorie domine : Les professionnels attendaient une pause, ce fut l'apothéose. Les prix flambent.

Même les Espagnols jouent leur partition classique : " Buscar piso " ( " chercher un appartement ") : cette expression mille fois répétée est devenue, pour des milliers de jeunes couples madrilènes, le symbole d'un interminable cauchemar. L'extraordinaire boom immobilier qu'a connu durant ces dernières années la capitale espagnole l'a en effet rendue véritablement inaccessible pour nombre de ceux qui rêvent d'y bâtir un foyer. (27/10/90).

Parfois, tout de même, un éclair de lucidité : Les ventes ont baissé en 1990 et les professionnels s'inquiètent des perspectives pour 1991 . Une chute qui met en évidence la fragilité du secteur après les années d'euphorie. Après les années fastes, voici venu le temps de l'incertitude. (10/4/91).

Il faut dire qu'il s'en passe de belles, en 90 : on prend de plein fouet la faillite des "Saving and Loans" (c'est comme çà qu'on disait "subprime" dans la langue de 90), qui met en faillite nombre d'établissements financiers, d'abord américains (particulièrement les caisses d'épargne) : La faillite des " Saving and Loans " Les caisses d'épargne américaines pourraient être adossées à des banques (18/4/90).
Car çà va coûter cher : M. William Seidman, président de la Resolution Trust Corporation (RTC), organisme chargé de l'assainissement des caisses d'épargne américaines en difficulté, a estimé, lundi 30 juillet, que le sauvetage de ces institutions coûterait plus de 500 milliards de dollars. (1/8/90), ou encore, Le Congrès américain devrait se voir demander dans les prochains jours une rallonge de 80 milliards de dollars (...) aux 85 milliards déjà dépensés pour financer le plan de sauvetage des caisses d'épargne. (23/6/91).

Mais bon, on a un peu exagéré, en procédant à la "titrisation" de créances (çà ne vous dit rien, çà, la titrisation ?); dans les premiers rôles, l'inoxydable Bear Stearns (associé à l'époque au Crédit Lyonnais) : Le Crédit lyonnais et la banque américaine d'investissements et de placements Bear Stearns (...) ont signé un accord pour le développement du marché français de la titrisation des créances (24/6/91).
Tout le monde s'y met : La Compagnie Bancaire lance sa première opération de titrisation (7/6/90).
Il faut dire que c'est pratique; vous savez, le fameux "hors bilan" :
Le Crédit lyonnais lance sa deuxième opération de titrisation de crédits personnels. Celle-ci permet à l'établissement de sortir de son bilan 70 000 prêts accordés à ses clients et de les céder à un fonds commun de créances (10/4/91).

Donc, on se plante... au point d'atteindre une forme de "point Godwin", en allant jusquà comparer la situation au "Vietnam" : les caisses d'épargne américaines ont perdu plus de 40 milliards de dollars. Une catastrophe financière plus importante que celle des banques durant la grande crise, et qui coûtera au contribuable américain autant que la guerre du Vietnam. (14/7/92).

Qu'à celà ne tienne, on va moraliser le capitalisme financier : Alors que la situation des banques américaines ne cesse de se dégrader, l'administration Bush prépare une réforme en profondeur du cadre législatif qui a régi les métiers de la finance (...) depuis la grande crise de 1930. (12/12/90)
Ou encore, " Un système bancaire fondamentalement sain, ouvert à d'autres activités, à l'image de nos concurrents étrangers, et constituant un élément vital pour que s'ouvre à l'économie américaine une nouvelle ère de prospérité ", c'est ainsi que le président George Bush a défini (...) l'objectif des importantes mesures annoncées la veille par le Trésor pour accroître la compétitivité des banques américaines. (8/2/91)

Mais, las, dès le 11/9/91, on titre en France : Gonflement des stocks, allongement des délais de vente, baisse des prix La crise de l'immobilier parisien semble s'aggraver.
En Angleterre, c'est déjà pire : La crise du logement et la récession en Grande-Bretagne Le gouvernement de M. Major est confronté à l'explosion des saisies immobilières (26/12/91).

Il faut dire que la situation reste critique, et partout : en France, Des propositions aux pouvoirs publics Les banques souhaitent de l'aide pour faire face à la crise de l'immobilier (13/12/92). Au Canada, Le groupe Olympia & York, numéro un mondial de l'immobilier, a été placé sous la protection de la loi sur les faillites (16/5/92).
Aux US, on nous ressort la vieille antienne de la crise de 29 : Aux Etats-Unis, l'immobilier connaît sa plus grande crise depuis les années 30 (22/11/92), ou encore, La faillite en chaîne des caisses d'épargne (Savings and Loans) à la fin des années 80 est la catastrophe financière la plus importante que les Etats-Unis ont dû affronter depuis la grande crise de 1929. (10/11/92).

Le contribuable a beau écoper, la brèche semble impossible à colmater : Le sauvetage des caisses d'épargne aux Etats-Unis coûtera, en 1992, 50 à 75 milliards de dollars supplémentaires (...) aux contribuables américains. (13/6/91). Du coup, on nationalise joyeusement : La huitième plus importante caisse d'épargne américaine, la HomeFed Bank de San-Diego (Californie), a été placée sous contrôle fédéral (9/7/92).

Heureusement, en France, on invente des dispositifs fiscaux de relance (le "Scellier" de l'époque ?) : M. Louis Besson, ministre de l'équipement, du logement, des transports et de la mer, a annoncé (...) deux mesures fiscales en faveur de la construction de logements locatifs privés. (16/3/91).
Evidemment, c'est un cautère sur une jambe de bois... et la descente se poursuit : La crise du marché immobilier francilien alimente la négociation entre acheteurs et vendeurs, qui baissent leurs prix de 15 % environ, selon la revue De particulier à particulier. (31/5/92).

Pourtant, un peu plus tard, quelques notes d'optimisme se font jour : Après les mesures de soutien prises au printemps par le gouvernement, les avis divergent sur la question de savoir si la reprise interviendra en 1994. (16/10/93).
Ou encore, Le prix du mètre carré dans les logements anciens parisiens a stoppé sa chute : au cours des trois premiers mois, il s'inscrit en hausse de 0,1 % (21/6/94).

Bon, maintenant, on sait ce qui s'est passé après 94. Tiens, justement, la FNAIM vient de nous annoncer un petit rebond printanier, relatif à avril dernier...
Citoyens, aux abris !

lundi, mai 11 2009

Un peu de recul sur Hadopi...

Laissons un peu de côté le tumulte ambiant, et posons nous la vraie question : Hadopi, c'est quoi ?

Hadopi est une loi sur la technique.

Elle vise à réglementer la manière dont une technique (l'échange de fichiers, pour simplifier) doit se propager dans la société, et ce que doit être son contenu.

En ceci, elle est assimilable à toute loi sur la technique : par exemple, lorsqu'il s'agit de réglementer les OGM, ou le déploiement des antennes-relais, ou la spéculation financière, le problème est exactement identique.

Autrement dit, légiférer sur la technique est indépendant du contenu : et ceci est dû à certaines propriétés de la technique, par ailleurs bien connues, au moins depuis les années 60 (à ce sujet, on s'intéressera, par exemple, aux travaux de Jacques Ellul ou de Marshall McLuhan, entre autres).

Tout d'abord, la technique n'est pas neutre : autrement dit, pour revenir à Hadopi, ce que deviendra l'échange de fichiers ne dépend pas de "ce qu'on en fera", mais ne dépend que de deux paramètres : la nature propre de cette technique, et la nature de l'homme social (ou, dit encore autrement, la manière dont l'échange de fichiers modifiera la société ne dépend pas de notre volonté).

Ensuite, la technique n'est pas "bonne ou "mauvaise" : échanger des fichiers, ce n'est pas "bien" ni "mal" (et pas davantage "moral" ou "immoral"). L'introduction d'une technique peut modifier la société dans un sens plus ou moins bénéfique (ou négatif), mais là encore, c'est indépendant de notre volonté.

Enfin, les effets de la technique ne sont connus que beaucoup plus tard, longtemps après son introduction, essentiellement pour deux raisons : les délais de diffusion profonde de la technique et de ses conséquences, et un certain état de fascination de l'homme (lequel baigne dans un environnement nouveau dont il fait partie, ce qui interdit tout recul) dont la technique induit ensuite de nouveaux comportements (inconnus au départ).
La technique nous transforme autant que nous la transformons, et ce processus prend du temps.

Autrement dit, légiférer sur une nouvelle technique revient à légiférer sur l'inconnu, ce qui ne peut avoir que des effets aléatoires à court terme, puis négligeables à long terme (la loi n'ayant que peu de chances d'être axée sur les bonnes problématiques, encore inconnues au moment où elle est votée).

Ce constat ne peut que rendre divertissant le débat sur Hadopi : quoique racontent ses défenseurs ou ses opposants (et qui tient généralement de la brève de comptoir), et quelle que soit la teneur du texte voté, çà ne changera rien sur le fond, et ceci tient aux propriétés générales de la technique.

Ce qui fait moins rire, c'est que la même conclusion s'applique à toute velleité de réglementer la technique : les OGM ou le nucléaire existent, fort bien, on sait qu'on devra faire avec, applications militaires incluses (n'en déplaise à nos députés et gouvernants, lesquels, au passage, n'y connaissent rien - pas plus que pour Hadopi, et probablement moins - mais "heureusement", on l'a vu, ce détail importe peu, puisque leur pouvoir est inexistant).

Bon, mais revenons à Hadopi.

Il se peut que cette loi ait des effets à court terme : effets aléatoires, on l'a vu. Elle peut ralentir l'échange de fichiers ou l'accélérer, précipiter la fin des majors ou la freiner, faire condamner quelques grand-mères ou quelques vrais "pirates", ou n'être jamais appliquée ni applicable... mais nul ne peut dire ce qui adviendra.

La seule chose dont on est certain, c'est qu'à long terme, Hadopi ne changera rien. Reste à espérer que les mutations sociales liées à l'échange de fichiers nous conduiront dans une direction souhaitable : "le hasard fait bien les choses", dit la sagesse populaire...

- page 1 de 4